Le diagnostiqueur immobilier, et plus précisément le diagnostiqueur amiante, a un rôle à jouer dans la protection de la santé publique et dans la sécurité des transactions immobilières. Ses missions sont encadrées par plusieurs articles du Code de la santé publique, notamment les articles L. 1334-13, R. 1334-15, R. 1334-18, R. 1334-20 et R. 1334-21, ainsi que par l’annexe 13-9 relative aux listes A et B. Ces missions incluent la détection de la présence d’amiante dans divers éléments du bâtiment, sans recourir à des travaux destructifs. Cet article explore en détail ces missions et examine un cas de jurisprudence illustrant les défis rencontrés dans leur mise en œuvre.
Les missions du diagnostiqueur amiante
Le diagnostiqueur amiante a pour mission de détecter la présence d’amiante dans les matériaux susceptibles d’en contenir, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des bâtiments. Ses interventions couvrent plusieurs éléments spécifiques :
- Intérieur du bâtiment :
- Flocages : Matériaux projetés sur les surfaces pour l’isolation thermique et acoustique.
- Calorifugeages : Isolants des installations de chauffage.
- Faux plafonds : Plafonds suspendus sous le plafond principal pour diverses fonctions.
- Éléments extérieurs :
- Toiture : Y compris les bardages et les façades légères.
- Conduits en toiture et façade en amiante-ciment : Utilisés pour l’évacuation des eaux pluviales ou des eaux usées.
Le diagnostiqueur doit réaliser ces inspections sans travaux destructifs, c’est-à-dire sans endommager les structures du bâtiment. Cette contrainte vise à limiter les perturbations pour les occupants et à éviter d’exposer les fibres d’amiante.
Cas de jurisprudence : diagnostic amiante et conduits extérieurs
Le respect des obligations légales du diagnostiqueur fait souvent l’objet de contentieux, comme le montre un arrêt de la Cour de cassation (Cass. 3e civ. 7-12-2023 n° 22-22.418).
Rappel des faits :
M. [V] a acheté une maison en avril 2017. L’acte de vente incluait un diagnostic amiante réalisé en février 2014 par la société As Expertises & Diagnostics, qui avait conclu à l’absence d’amiante. Cependant, en septembre 2017, un nouveau rapport a révélé la présence d’amiante dans les canalisations du jardin. M. [V] a alors assigné les assureurs successifs du diagnostiqueur, affirmant que les canalisations extérieures devaient être incluses dans le diagnostic initial.
Réponse de la Cour de cassation :
Les juges ont rejeté la demande de M. [V], en se fondant sur les missions définies du diagnostiqueur amiante. Selon la Cour, les canalisations extérieures enterrées ne faisaient pas partie des composants de construction à vérifier sans travaux destructifs. Le rapport initial ne mentionnait pas ces canalisations car elles n’étaient ni visibles ni accessibles sans excavation.
La Cour a souligné que la mission du diagnostiqueur se limite à noter la présence d’amiante dans les éléments listés explicitement par la réglementation, soit les flocages, calorifugeages, faux plafonds, toitures, bardages, façades légères et conduits en toiture et façade en amiante-ciment. En l’absence de visibilité et d’accessibilité des canalisations enterrées, le diagnostiqueur n’avait pas à émettre de réserves à leur sujet.
Les missions du diagnostiqueur amiante sont clairement définies par le Code de la santé publique, avec des limites précises sur les éléments à inspecter et les méthodes à utiliser. Cette réglementation vise à protéger les acquéreurs et les occupants des bâtiments tout en offrant un cadre strict aux diagnostiqueurs pour l’accomplissement de leur travail.
Le cas de jurisprudence examiné ici met en lumière les défis auxquels sont confrontés les diagnostiqueurs, notamment en matière d’accessibilité des éléments à inspecter. Il rappelle également aux acquéreurs l’importance de bien comprendre la portée des diagnostics réalisés lors d’une transaction immobilière.
Dès lors, le diagnostiqueur amiante a une mission délicate mais essentielle, consistant à identifier les risques sans causer de dommages supplémentaires. Leur rôle est crucial pour assurer la sécurité des bâtiments tout en respectant les contraintes réglementaires, illustrant ainsi l’équilibre entre la prévention des risques et la protection des droits des parties impliquées dans les transactions immobilières.




