À Paris, la performance énergétique n’est plus seulement une ligne sur un diagnostic : elle devient un sujet de confort vécu, de négociation, et de stratégie patrimoniale. Mais entre la note DPE affichée et le ressenti réel des occupants — surtout lors d’épisodes de froid ou de chaleur extrêmes — le terrain réserve parfois des surprises, notamment dans l’ancien parisien où inertie, humidité, exposition et usages pèsent lourd.
Dans cet entretien, Fabio Borges partage une lecture nuancée : le DPE reste un outil de référence indispensable, mais il gagne à être recontextualisé. En croisant la performance énergétique avec des données de marché (prix, délais de vente, typologies, potentiel de rénovation), on passe d’une approche “administrative” à une approche opérationnelle, utile pour comprendre ce que les acquéreurs valorisent réellement — et à quel moment une étiquette énergétique devient une décote… ou un levier.
Entre désalignement qualitatif de l’offre et attentes nouvelles de la demande, montée en puissance de la sélectivité des acheteurs, et promesses de l’IA pour mieux anticiper les comportements, Fabio Borges dessine les contours d’une transition : celle d’un DPE vécu comme contrainte vers un DPE utilisé comme outil d’aide à la décision patrimoniale, à condition d’être expliqué avec pédagogie et relié au réel.

À Paris, observe-t-on un écart entre la note DPE affichée et le ressenti réel des occupants, notamment lors d’épisodes de froid ou de chaleur extrêmes ?
De mon point de vue, oui, on observe assez souvent un décalage, surtout lors d’épisodes de froid intense ou de fortes chaleurs.
Le DPE reste un outil de référence indispensable, mais il donne une vision standardisée du logement.
À Paris, en observant des immeubles anciens, j’ai le sentiment que le ressenti réel des occupants dépend de nombreux facteurs qui ne sont pas toujours pleinement perçus à travers la note : l’inertie du bâti, l’exposition, l’humidité ou encore la manière dont le logement est utilisé au quotidien.
Cela ne remet pas en cause l’utilité du DPE, mais montre, selon moi, qu’il gagne à être complété par une lecture plus concrète de l’expérience vécue dans le logement, c’est-à-dire du confort réellement ressenti au quotidien par les occupants.
Les données de marché permettent-elles aujourd’hui de mesurer une décote ou une prime liée à la performance énergétique des logements parisiens ?
Ce que j’observe aujourd’hui, c’est que la performance énergétique commence à jouer un rôle plus visible dans les dynamiques de marché, y compris à Paris.
Non pas parce que l’offre serait absente, mais parce que la demande est devenue plus sélective et plus attentive aux coûts liés au logement.
Les données de marché que je commence à analyser laissent apparaître certaines tendances : des négociations plus marquées sur les logements énergivores, des délais de vente parfois plus longs pour les biens mal classés et, à l’inverse, une meilleure fluidité pour les logements performants ou présentant un potentiel de rénovation clairement identifié.
Il me semble ainsi que l’on ne parle plus uniquement d’un déséquilibre quantitatif entre l’offre et la demande, mais plutôt d’un désalignement qualitatif entre les biens disponibles et les attentes actuelles des acquéreurs.
Dans ce contexte, la performance énergétique devient progressivement un critère fondamental dans la prise de décision.
En quoi l’approche data permet-elle d’aller plus loin qu’une lecture purement réglementaire du DPE ?
À mon sens, l’approche data permet avant tout de replacer le DPE dans son contexte réel.
Pris isolément, le diagnostic reste un indicateur réglementaire. Croisé avec des données de marché, il devient plus lisible dans ses effets concrets.
En reliant la note DPE à des éléments comme les prix, les délais de vente ou la typologie des biens, on peut mieux comprendre comment cette performance énergétique est réellement perçue par les acquéreurs.
Cela permet, selon moi, de passer d’une lecture administrative du DPE à une lecture plus opérationnelle, utile pour éclairer les décisions immobilières.
Quel rôle l’IA peut-elle jouer pour mieux anticiper le comportement des acquéreurs et des locataires face aux enjeux énergétiques ?
Il me semble que l’IA peut devenir un outil intéressant pour analyser des comportements qui sont aujourd’hui difficiles à objectiver.
En analysant un grand nombre de situations, on peut commencer à mieux comprendre certains comportements.
Par exemple, certains acquéreurs sont très sensibles au coût de l’énergie, tandis que d’autres acceptent plus facilement une mauvaise note DPE s’ils privilégient avant tout la localisation ou d’autres critères de confort.
Je vois l’IA avant tout comme un outil d’aide à la compréhension et à l’anticipation, pas comme une solution qui remplace l’analyse humaine.
Utilisée avec discernement, elle peut enrichir la lecture du marché, surtout dans un contexte où les enjeux énergétiques deviennent de plus en plus structurants.
Pour les professionnels, le DPE est-il désormais une contrainte subie ou un véritable outil d’aide à la décision patrimoniale ?
J’ai le sentiment que le DPE est encore largement vécu comme une contrainte, notamment à cause de son cadre réglementaire.
Mais progressivement, il commence aussi à être perçu comme un élément d’aide à la prise de décision.
Lorsqu’il est bien expliqué et replacé dans son contexte, il peut servir de point d’appui pour discuter de travaux, de valorisation future ou de stratégie de vente.
À mes yeux, le rôle du professionnel est justement d’aider à faire ce lien, sans dramatiser ni simplifier à l’excès.
On est probablement dans une phase de transition, où le DPE passe peu à peu d’une logique de conformité à une logique de compréhension et d’anticipation.
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Mini-bio
Fabio Borges s’intéresse aux enjeux de performance énergétique dans l’immobilier résidentiel parisien.
Il adopte une approche orientée observation du marché, usages réels des logements et analyse de données, avec un intérêt particulier pour l’apport de l’IA dans l’aide à la décision immobilière.
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