Quand une vente dérape, ce n’est pas “la faute à pas de chance” : c’est souvent un point juridique oublié (servitude non révélée, urbanisme flou, capacité du vendeur, condition suspensive mal cadrée).
Pour aider les pros de l’immobilier à sécuriser leurs dossiers sans ralentir la vente, nous avons interrogé Me Florence IUNG, Avocat au Barreau de Quimper, qui exerce comme avocat mandataire en transactions immobilières au sein du réseau AvocatIMMO.
Sa spécificité : l’avocat mandataire intervient à titre accessoire d’une mission principale (divorce, succession, audit patrimonial…), avec une confidentialité renforcée grâce au secret professionnel, et une approche “vision 360°” : de l’audit juridique (bail, servitudes, urbanisme) jusqu’à la sécurisation des avant-contrats.
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Pour commencer, je souhaiterais aborder la spécificité de l’avocat mandataire en transaction immobilière.
Contrairement à l’agent immobilier classique, l’avocat mandataire exerce cette activité à titre accessoire d’une mission principale de conseil ou de rédaction d’actes. Cette mission doit toujours s’inscrire dans un environnement juridique global pour le client (divorce, succession, audit patrimonial).
Ce qui nous distingue :
- Absence de carte T : Nous sommes dispensés de la loi Hoguet car notre profession est déjà soumise à un contrôle strict et offre des garanties financières importantes.
- Nature du mandat : Le mandat de l’avocat reste de nature civile et non commerciale.
- Secret professionnel : Nos échanges et négociations sont couverts par le secret professionnel, offrant une confidentialité renforcée aux clients.
- Vision 360° : Nous gérons le dossier de la stratégie juridique initiale (audit du bail, étude des servitudes) jusqu’à la rédaction des avant-contrats
Voici mes réponses à vos 5 questions :
Les erreurs juridiques les plus fréquentes que vous observez en transaction immobilière
- Manquement au devoir d’information : Omettre des éléments sur la situation juridique du bien (infraction aux règles d’urbanisme, servitudes non révélées) qui peuvent entraîner l’annulation de la vente pour vice du consentement.
- Défaut de capacité : Ne pas vérifier si le vendeur a bien le pouvoir de disposer seul du bien (indivision, régime matrimonial).
- Gestion approximative des conditions suspensives : Notamment sur le financement, où l’acquéreur dépose parfois des demandes non conformes aux seuils prévus, provoquant des contentieux sur l’indemnité d’immobilisation.
Les points de vigilance incontournables dans un compromis ou un mandat
Pour le compromis de vente
- Le verrouillage précis des conditions suspensives de prêt : Il est impératif de fixer contractuellement des seuils précis pour le montant maximal, le taux d’intérêt plafond (TAEG), la durée minimale et le nombre de banques à solliciter (généralement 2 ou 3). Le vendeur doit exiger que tout refus de prêt soit écrit, motivé et strictement conforme à ces paramètres, sous peine de considérer la condition comme accomplie aux torts de l’acheteur.
- L’exhaustivité du devoir d’information et du dossier technique : Le vendeur doit fournir dès le compromis le dossier de diagnostic technique (DDT) complet (amiante, plomb, termites, DPE, etc.) pour éviter tout recours ultérieur sur le fondement des vices cachés. Un manquement ou une information ambiguë sur les qualités essentielles du bien (surface, conformité aux règles d’urbanisme, servitudes) peut entraîner l’annulation de la vente pour vice du consentement.
- La purge rigoureuse du délai de rétractation (Loi SRU) : L’acquéreur non-professionnel d’un immeuble d’habitation bénéficie d’un délai de 10 jours pour se rétracter, courant dès le lendemain de la notification de l’acte par LRAR ou remise en main propre sous conditions strictes. En cas de modification substantielle du projet (prix, conditions de financement, état du bien) entre le compromis et l’acte final, le droit de rétractation doit être à nouveau purgé.
Pour le mandat de vente
- Le respect du formalisme légal et de la durée : Le mandat doit obligatoirement être écrit, signé par les parties et mentionner un numéro d’inscription au registre des mandats sous peine de nullité absolue. Sa durée doit être limitée dans le temps avec un terme certain, et il doit rappeler la faculté de dénonciation pour les mandats exclusifs.
- La distinction entre mission d’entremise et pouvoir de représentation : Un mandat classique de “rechercher un acquéreur” est un simple contrat d’entremise qui n’autorise pas le professionnel à engager juridiquement le vendeur. Seule une clause expresse et spéciale donne pouvoir au mandataire de représenter le client pour conclure la vente ou signer un avant-contrat en son nom.
- La vérification de la capacité et de la situation matrimoniale : Le professionnel doit s’assurer que le signataire dispose bien du pouvoir de disposer du bien, notamment en cas d’indivision ou de régime matrimonial. Une attention particulière doit être portée au logement de la famille : l’article 215 al. 3 du Code civil impose le consentement des deux époux pour vendre la résidence familiale, même si le bien est un bien propre de l’un d’eux.
Baux commerciaux et d’habitation : les pièges récurrents pour les professionnels,
Baux commerciaux : 3 pièges de procédure et de rédaction
- L’imprécision du commandement de payer ou d’agir : Pour mettre en œuvre une clause résolutoire, le commandement doit être clair, net et précis. Un acte rédigé en termes vagues (par exemple, demander de “respecter la destination” sans préciser l’infraction) ou qui ne mentionne pas précisément la nature des travaux requis empêche le locataire de régulariser sa situation, ce qui rend le commandement nul.
- L’absence d’inventaire limitatif des charges : Depuis la loi Pinel de 2014, le bailleur doit impérativement annexer un inventaire précis et limitatif des catégories de charges et impôts liés au bail. À défaut de cet inventaire exhaustif, certaines clauses de remboursement peuvent être jugées inopposables au locataire, privant le bailleur de la possibilité de récupérer ces sommes.
- La mauvaise foi dans la mise en œuvre de la clause résolutoire : Le juge peut paralyser le jeu de la clause si le bailleur l’invoque de mauvaise foi. C’est le cas si un bailleur délivre un commandement d’exécuter des travaux importants dans un délai d’un mois, tout en sachant que ces travaux sont techniquement impossibles à réaliser dans ce laps de temps.
Baux d’habitation : 3 pièges liés à la protection du locataire
- La nullité et les sanctions du congé frauduleux : Un congé délivré pour vendre ou pour reprendre le logement doit être réel et sincère. Si le locataire prouve que le bailleur n’avait pas l’intention d’occuper ou de vendre (par exemple, s’il reloue immédiatement à un prix bien plus élevé), le bailleur encourt une amende pénale pouvant aller jusqu’à 30 000 € pour une personne morale et l’octroi de dommages-intérêts au locataire évincé.
- L’insertion de clauses de résiliation de plein droit illégales : Contrairement au bail commercial, les hypothèses de résiliation de plein droit sont limitativement énumérées par la loi de 1989 (impayés, défaut d’assurance, défaut d’usage paisible constaté par le juge, non-respect d’une servitude de résidence principale). Toute autre clause prévoyant une résiliation automatique pour un autre motif est réputée non écrite.
- Le non-respect des critères de décence et de performance : Le bailleur est tenu de remettre un logement décent ne présentant pas de risques pour la sécurité ou la santé. Le non-respect des normes (infiltrations, installation électrique dégradée, ou mauvaise performance énergétique dans certaines zones) permet au locataire de demander une diminution de loyer ou la suspension du versement des aides au logement par la CAF.
Comment un agent immobilier peut réduire concrètement son risque de contentieux
- Utiliser des questionnaires “vendeur” exhaustifs : Cela permet de lister toutes les nuisances, travaux ou procès en cours avant la mise en vente.
- Vérifier systématiquement les pièces d’urbanisme : Ne pas se contenter des déclarations et lever les doutes sur la conformité des travaux réalisés depuis l’acquisition.
- Tracer les conseils : Porter à l’acte les informations déterminantes (projets environnementaux à proximité, état de la toiture) pour rendre l’erreur de l’acquéreur “inexcusable” s’il a été averti.
Votre conseil principal aux professionnels pour allier performance commerciale et sécurité juridique
Anticipez l’analyse juridique dès la prise de mandat. Une vente qui échoue à cause d’un vice caché ou d’une condition suspensive mal cadrée fait perdre du temps et de l’argent. En sécurisant juridiquement le dossier dès le départ, vous gagnez en crédibilité et accélérez la réitération authentique.




